
ArtisteFrenchn.1920–m.1999
Olivier Debré
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Durant l'hiver 1942-1943, un jeune Olivier Debré fut invité dans l'atelier de Picasso, rue des Grands-Augustins, après que le peintre plus âgé eut découvert son travail dans une galerie parisienne. Cette rencontre ne convertit pas Debré au cubisme – elle le poussa davantage vers sa propre forme d'abstraction, qu'il décrirait plus tard comme une « abstraction fervente » : la peinture comme incarnation directe de l'émotion par le signe.
Né à Paris le 14 avril 1920 dans une famille intellectuelle de premier plan, Debré aborda la peinture par un chemin détourné. Il étudia d'abord l'architecture sous Le Corbusier à l'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts en 1939, puis l'histoire à la Sorbonne. Durant l'Occupation, il rejoignit la Résistance française et fut décoré de la Croix de Guerre. Ces années forgèrent une gravité d'intention qui traverse toute son œuvre ultérieure.
Sa peinture, à la fin des années 1940 et dans les années 1950, développa un vocabulaire qu'il nomma « signes-personnages » – des signes abstraits conservant une présence humaine fantomatique, travaillés dans une matière dense et texturée sur de grandes toiles. Puis, en 1953, Debré opéra un tournant décisif. La figure humaine recula et le paysage fit son entrée : les « signes-paysages » remplacèrent les signes figuratifs, et sa palette s'ouvrit. Un voyage à Washington en 1959 le mit en contact avec Franz Kline et Mark Rothko, confirmant les ambitions internationales de son projet tout en maintenant une approche résolument française de la matière et de la surface picturales.
À partir du milieu des années 1960, la Norvège devint une destination et une obsession récurrentes. Debré voyagea à maintes reprises dans les fjords, et les qualités de cette lumière – grise, diffuse, vaste – saturèrent ses toiles. Des œuvres d'Oppdal, Geiranger et Lofoten circulèrent dans les salles de vente nordiques pendant des décennies après sa mort, témoignant de la profondeur avec laquelle cette géographie était entrée dans son langage visuel. La peinture dans ces œuvres est fluide, presque soufflée sur la toile ; les champs de couleur saignent et se chevauchent sans perdre leur tension structurelle.
Des commandes publiques à l'échelle architecturale marquèrent la dernière phase de sa carrière. En 1987, il créa le rideau de scène de la Comédie-Française à Paris ; en 1989, un second rideau pour l'Opéra de Hong Kong, commandé par la Fondation Louis Vuitton ; et en 1998, un troisième pour le nouvel Opéra de Shanghai, mesurant environ 14 par 22 mètres. En 1997, le Ballet de l'Opéra de Paris interpréta « Signes », avec des décors et costumes de Debré et une chorégraphie de Carolyn Carlson. Quelques jours avant sa mort, le 1er juin 1999, il fut élu à l'Académie des Beaux-Arts de Paris.
Son œuvre est conservée au Centre Pompidou à Paris, à la Phillips Collection à Washington, au Taipei Fine Arts Museum, à la Fondation Gandur pour l'Art à Genève, et au Centre d'Art Contemporain Olivier Debré dans le Val de Loire. Sur le marché nordique des enchères, ses peintures de la période norvégienne sont les plus recherchées, avec des résultats records chez Grev Wedels Plass Auksjoner atteignant 195 000 NOK – reflétant l'affinité particulière entre ses sujets et les collectionneurs de la région.