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Käthe Kollwitz
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Rares sont les artistes qui ont rendu la souffrance aussi visible que Käthe Kollwitz. Travaillant la gravure à l'eau-forte, la lithographie, la gravure sur bois et finalement la sculpture, elle a consacré cinq décennies à traduire la vie des pauvres et le deuil des mères en images qui refusent de détourner le regard. Née en 1867 à Königsberg, en Prusse, elle était la fille d'un maçon social-démocrate qui reconnut très tôt son talent et l'envoya étudier auprès de Karl Stauffer-Bern à Berlin. Elle épousa un médecin, Karl Kollwitz, qui dirigeait un dispensaire dans l'un des quartiers les plus déshérités de la ville. Cette adresse allait façonner tout ce qui suivit.
Son premier grand cycle, La Révolte des tisserands (1893-1897), s'inspirait de la pièce de Gerhart Hauptmann sur le soulèvement avorté des ouvriers du textile silésien en 1844. Six eaux-fortes et lithographies retraçaient l'arc allant de la misère à la résistance condamnée. La Guerre des paysans (1902-1908) suivit, sept eaux-fortes dépeignant l'écrasement de la révolte paysanne allemande de 1524-1525. Ces œuvres établirent Kollwitz comme la première artiste graphique de la gauche allemande — non par l'idéologie, mais par le poids de ses figures, par l'obscurité qui pressait depuis les bords de ses compositions.
La mort de son plus jeune fils Peter sur le front occidental en 1914 ouvrit une brèche dans son œuvre. Sa réponse, déployée sur plusieurs décennies, fut une méditation soutenue sur le deuil maternel. Le cycle de gravures sur bois La Guerre (1921-1922) condensa cette douleur en huit planches. Sa sculpture Les Parents (1932), installée au cimetière militaire allemand de Vladslo, en Belgique, où Peter est enterré, montre deux figures agenouillées devenues l'un des monuments anti-guerre les plus visités d'Europe.
Kollwitz fut la première femme élue à l'Académie prussienne des arts et la première à y détenir une chaire de professeur, nommée en 1919. En 1929, elle reçut l'Ordre Pour le Mérite pour les sciences et les arts, là encore en tant que première femme récipiendaire. Lorsque les nationaux-socialistes prirent le pouvoir en 1933, elle fut contrainte de démissionner et interdite d'exposition. Elle continua à travailler en privé jusqu'à sa mort le 22 avril 1945, quelques jours seulement avant la fin de la guerre.
Aux enchères, les œuvres de Kollwitz apparaissent principalement dans la catégorie estampes et arts graphiques, ce qui correspond aux 17 des 23 pièces de cette base de données classées sous Estampes et gravures. Ses œuvres ont été vendues chez Bukowskis Stockholm, Grisebach et Grev Wedels Plass Auksjoner, entre autres. Parmi les prix de marteau notables figurent une Modre med barn à 17 000 NOK, une affiche Help Russia à 16 000 NOK et un Nu féminin de dos à 11 250 CHF. À l'échelle mondiale, son marché de l'estampe est vaste et actif, avec des résultats d'enchères répartis sur des milliers de lots et une seule œuvre ayant dépassé 1,1 million USD en 2022.